Archives Hans Ulrich Obrist Chapitre 6 : Zaha Hadid « Je pense que l’expérimentation ne devrait pas avoir de fin »
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Le sixième chapitre des Hans Ulrich Obrist Archives marque le dixième anniversaire de la disparition de Dame Zaha Hadid (née le 31 octobre 1950, Bagdad, Irak – décédée le 31 mars 2016, Miami, Floride). Il rend hommage à une architecte visionnaire qui déplace l’horizon de l’architecture contemporaine en faisant de la peinture abstraite une méthode d’invention spatiale. Née dans une famille irakienne libérale et laïque, Hadid étudie les mathématiques à l’American University of Beirut avant de s’installer à Londres pour intégrer l’Architectural Association (AA) en 1972. Là, dans l’orbite de Rem Koolhaas et d’Elia Zenghelis, elle explore les expériences avortées, non réalisées ou insuffisamment éprouvées du modernisme et de l’avant-garde russe, et adopte le dessin et la peinture abstraite comme cadres d’investigation. Par la projection axonométrique, la multiplicité des perspectives, la ligne calligraphique et la superposition des couches d’acrylique, elle pousse l’architecture au-delà de l’inertie de la géométrie euclidienne, bien avant que des logiciels avancés ne permettent d’en coordonner une telle complexité.
Cette exposition revient sur le long dialogue entre Hans Ulrich Obrist et cette architecte de légende, qui s’amorce à la fin des années 1990, lorsque Obrist invite Hadid à réaliser Meshworks dans le cadre du cycle La Ville, le Jardin, la Mémoire à la Villa Médicis, en 2000. Au fil de leurs rencontres à Londres, Bâle, Munich et Paris au début des années 2000, cet échange devient une enquête au long cours sur la ville, le musée et l’horizon inachevé de l’urbanisme du XXIe siècle. Hadid siège au conseil d’administration de la Serpentine dès 1996 et y conçoit le premier Pavilion en 2000, à l’invitation de Julia Peyton-Jones. Après la nomination d’Obrist à la Serpentine en 2006, elle participe à plusieurs Marathons, revient avec son installation Lilas, inaugurée lors de la Summer Party de 2007, puis Zaha Hadid Architects signe la Serpentine North Gallery et The Magazine, son restaurant (2009-2013).
Parmi les nombreux prix et distinctions qui récompensent son élargissement du langage propre à la discipline architecturale – du prix Pritzker d’architecture, qui fait d’elle la première femme lauréate en 2004, au Prix Stirling en 2010 et 2011, en passant par sa nomination comme Dame Commandeur de l’Empire britannique en 2012 et la RIBA Médaille d’or royale pour l’architecture en 2016 –, sa double consécration dans les sphères architecturale et muséale n’en est pas moins frappante. De son vivant, ses projets, installations, peintures et dessins font l’objet de grandes rétrospectives dans des institutions telles que le SFMOMA, San Francisco, en 1998, le MAK, Vienne, en 2003, le Solomon R. Guggenheim Museum, New York, en 2006, et le State Hermitage Museum, Saint-Pétersbourg, en 2015. Bien avant ces distinctions et ces rétrospectives, Hadid consacre une grande partie du début de sa carrière à se forger une réputation d’architecte théoricienne, faisant de la toile un laboratoire où l’architecture éprouve des formes, des mouvements et des mondes qu’elle ne sait pas encore construire.
Pour la première fois depuis l’exposition posthume Zaha Hadid: Early Paintings and Drawings [Zaha Hadid : peintures et dessins de jeunesse], présentée par la Serpentine en 2016, cette exposition majeure de LUMA Arles réunit ses premières peintures calligraphiques et ses carnets – exercices de géométrie suprématiste qui nourrissent ses projets bâtis, de son premier bâtiment achevé, la Caserne de pompiers Vitra (1988-1993) à Weil am Rhein, à la Tour CMA CGM (2004-2011) à Marseille et à Pierresvives (2002-2012) à Montpellier. Présentée à La Tour, au Parc des Ateliers, conçue par le regretté Frank Gehry, ami proche de Hadid, l’exposition déploie trois chapitres interconnectés de sa trajectoire d’architecte : du constructivisme à ses premiers projets et à sa réception précoces dans le contexte français, jusqu’à sa relation au long cours avec Obrist. À travers des peintures, des dessins, des archives, des heures d’entretiens vidéo inédits, réalisés entre 2001 et 2013, ainsi que des affiches conçues par ses pairs et par celles et ceux qui l’admirent, l’exposition révèle toute l’ampleur d’une pratique qui se déploie avec la même intensité entre architecture, art, publications et discours. Elle présente Hadid non seulement comme une bâtisseuse de monuments, mais aussi comme une infatigable philosophe de l’espace.
En étroite collaboration avec la Zaha Hadid Foundation.
Direction artistique :
Vassilis Oikonomopoulos, Directeur artistique, LUMA Arles
Commissaires d’exposition :
Hans Ulrich Obrist, Conseiller général
Arthur Fouray, Curateur et archiviste
Avec l’assistance de : Lucas Jacques-Witz, Assistant archiviste
Informations pratiques
Zaha Hadid Foundation
Instituée par Dame Zaha Hadid (1950-2016), la Zaha Hadid Foundation est une organisation caritative indépendante dédiée à l'héritage de cette architecte qui a su repousser les limites de la discipline, ainsi qu'à son engagement en faveur d'une expérimentation perpétuelle à la croisée de l'architecture et des arts connexes.
Outre la conservation, la diffusion et l'activation des archives de Hadid, la Fondation conçoit des programmes publics, soutient l'éducation ainsi que la jeune création, et noue des partenariats avec diverses organisations, tant depuis ses antennes londoniennes — situées au 10 Bowling Green Lane et à Shad Thames — qu'à travers le monde.
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Zaha Hadid
Zaha Hadid (1950-2016) fut l'une des architectes les plus influentes de son temps, mondialement reconnue pour avoir redéfini les frontières de l'architecture et des arts visuels. Née à Bagdad, elle étudie les mathématiques à l'Université américaine de Beyrouth avant d'intégrer l'Architectural Association de Londres, où elle se voit décerner le prestigieux Diploma Prize en 1977.
En 1979, Hadid fonde son agence d'architecture et remporte en 1983 le concours très convoité pour The Peak Leisure Club à Hong Kong. Sa première réalisation bâtie, la Caserne de pompiers Vitra à Weil am Rhein, en Allemagne, est achevée en 1993.
L'agence Zaha Hadid Architects, constituée en société en 1999, réalise par la suite des projets majeurs à l'échelle internationale, tels que le Centre d'Art Contemporain de Cincinnati (1997-2003), le Centre des sciences Phaeno à Wolfsburg (1999-2005), le Musée MAXXI à Rome (1998-2009), le Centre Aquatique de Londres (2005-2011/14), le Centre Heydar Aliyev à Bakou (2007-2012) et le Galaxy Soho à Pékin (2008-2012).
Parallèlement à sa pratique, Hadid enseigne tout au long de sa carrière, notamment à l'Architectural Association, à Columbia, Harvard, Yale et à l'Université des arts appliqués de Vienne. Elle devient la première femme lauréate du prix Pritzker en 2004 et la première femme à recevoir, à titre individuel, la Médaille d'or royale du RIBA (Royal Institute of British Architects) pour l'ensemble de son œuvre en 2015. Récipiendaire du prix Stirling en 2010 et 2011, elle est nommée Commandeur de l'ordre de l'Empire britannique (CBE) en 2002, puis élevée au rang de Dame en 2012 pour services rendus à l'architecture.