Delta
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Delta est une nouvelle commande filmique majeure de l'artiste et cinéaste Verena Paravel, réalisée dans le cadre d'un projet de recherche plus large intitulé Cosmofonia. Verena Paravel compte parmi les voix les plus originales du cinéma documentaire contemporain et ne cesse d’étendre le potentiel de la vidéo en éprouvant les limites de la perception et en remettant en question les modes d’observation anthropocentrés. Située à l’intersection de l’anthropologie, de l’écologie et de l’image en mouvement, sa pratique propose une approche décentrée du monde vivant, attentive aux relations inter-espèces, aux environnements instables et aux formes de présence qui échappent à la conception humaine.
Filmé dans le delta du Rhône, Delta est la deuxième partie du prélude à Cosmofonia, un film et une œuvre sonore en cours qui déplace l’attention depuis le point de vue vers le point d’écoute. Verena Paravel se penche sur les sons inaudibles de la Terre : les vibrations infrasonores, les résonances sismiques, les signaux inter-espèces et les traces acoustiques de l’activité humaine. La plupart de ces fréquences échappent à la perception humaine ordinaire. L’œuvre les rend audibles et ouvre ainsi un nouveau champ sensoriel, invitant le public à envisager l’environnement non pas comme un décor, mais comme un maillage dense et animé de relations.
La Camargue devient le lieu particulièrement chargé de cette recherche. Au cours de sa résidence à LUMA Arles, d’octobre 2025 à janvier 2026, Verena Paravel a collaboré avec des spécialistes de l’écologie des zones humides et de la biodiversité acoustique à l’institut de recherche de la Tour du Valat afin d’observer comment différentes espèces utilisent le son pour s’orienter, communiquer et survivre au sein de cet environnement instable. Les salins, les roselières, les moustiques, les amphibiens, les oiseaux migrateurs, les zones industrielles, les étendues sauvages, les eaux claires et troubles forment ensemble un environnement changeant à la limite de la terre et de la mer. Dans Delta, cette condition d’entre-deux devient à la fois le sujet et la méthode.
Verena Paravel utilise des hydrophones, des vibromètres laser, des caméras acoustiques, des micros paraboliques, des caméras de chasse et des instruments d’optique scientifiques afin de bâtir une expérience sensorielle à même de redistribuer l’attention à travers le champ du vivant. Les cliquetis des crustacés, les coassements sous-marins des grenouilles, le frottement des roseaux et la pression lointaine des interférences humaines sont traités horizontalement. De même, l’image se refuse à toute hiérarchie conventionnelle. Elle n’isole pas le spectacle, n’organise pas le monde autour d’un point de vue privilégié. Les animaux, les plantes, les racines, les courants, les branches et les scientifiques évoluent dans un champ d’attention égalisé où aucune forme de vie ne domine l’autre.
La redistribution de la perception n’est pas que formelle, elle est aussi éthique. Delta envisage le film comme un médium de contact : un moyen d’approcher d’autres modes de vie sans les réduire à des catégories humaines. Le son et l’image deviennent les instruments de l’attention, rendant perceptible un monde où les espèces, les corps et les environnements sont poreux les uns aux autres ; un monde où la vie et la mort se déploient à travers des transformations perpétuelles. En ce sens, l’œuvre de Verena Paravel résonne avec la bioacoustique, l’éco-acoustique et l’acoustémologie tout en allant au-delà des frontières disciplinaires afin de poser la question de ce que peut appréhender le cinéma.
Présenté sous la forme d’une projection monumentale de huit mètres de long avec un son multicanal, Delta propose une rencontre immersive avec les multiples réalités de la Camargue. L’œuvre prolonge la réflexion radicale de Verena Paravel autour d’une redéfinition de la forme documentaire et place Cosmofonia parmi les recherches actuelles les plus passionnantes quant à la capacité de l’art à nous mettre au diapason d’un monde composé d’une pluralité de voix, de rythmes et de façons d’habiter la Terre.
Exposition organisée par : Vassilis Oikonomopoulos, Directeur artistique et Colette Angeli, Assistante curatrice
Extraits du film


Verena Paravel
Verena Paravel a été en résidence à LUMA Arles de septembre à décembre 2025.
Verena Paravel (née en 1971 à Neuchâtel, Suisse) est une cinéaste, artiste et anthropologue française. Interrogeant les limites de la perception, sa pratique explore les mondes humains et plus-qu’humains à travers de nouvelles formes esthétiques, politiques et sensorielles de l’image et du son. À la croisée de l’expérimentation cinématographique et des recherches ethnographiques, écologiques et philosophiques, elle crée des œuvres immersives qui remettent en question les cadres conventionnels.
Ses films ont été présentés dans de grands festivals internationaux, notamment à Cannes, Venise, Berlin, Locarno, Toronto et au New York Film Festival. Ses œuvres Foreign Parts (2010, avec J.P. Sniadecki), Leviathan (2012), Caniba (2017), Somniloquies (2018) et De Humani Corporis Fabrica (2022), réalisées avec Lucien Castaing-Taylor, ont été largement saluées par la critique pour leur radicalité formelle et ont reçu de nombreuses distinctions.
Ses œuvres filmiques ont été exposées dans des institutions prestigieuses telles que le MoMA (New York), la Tate Modern (Londres), le Whitney Museum of American Art, les Biennales de Venise et de Shanghai, la Documenta 14 (Athènes/Kassel) ou encore l’Okayama Art Summit.
Depuis 2006, Paravel est associée au Sensory Ethnography Lab de l’Université Harvard, où elle enseigne et développe des pratiques cinématographiques collaboratives fondées sur la recherche. Elle a été enseignante invitée à Harvard, à Sciences Po (Paris), au Fresnoy – Studio national des arts contemporains (France), ainsi qu’à l’ECAL (Suisse).