Overpainted Photographs
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Gerhard Richter compte parmi les artistes les plus influents de notre époque. Son œuvre n’a cessé de redéfinir les relations entre peinture, photographie et perception. Les Overpainted Photographs occupent une place singulière dans cette pratique. Commencée à la fin des années 1980, la série conjugue deux éléments centraux – et souvent antagonistes – de son art : la photographie et le geste pictural. Travaillant directement sur de petits tirages photographiques, Richter applique de la peinture à l’huile, du vernis ou de l’émail qu’il étale, gratte, presse ou fait glisser sur l’image. Il n’en résulte ni une photographie ni une peinture à proprement parler, mais une forme hybride où les deux médiums se trouvent fondamentalement altérés.
Modestes par leur format, ces œuvres sont pourtant radicales dans leur portée. La photographie, ordinairement perçue comme document, trace ou enregistrement fidèle du visible, se trouve déstabilisée par la peinture, un médium par nature tactile, opaque et contingent. Richter ne cherche ni à illustrer l’image ni à la sublimer : il la soumet à une intervention matérielle qui trouble sa lisibilité et suspend son autorité. Coexistent alors sur la surface texturée révélation et dissimulation, accident et décision, intimité et distance.
Richter puise souvent dans ses propres archives : portraits de famille, paysages, vues urbaines ou clichés de vacances – des images ordinaires, liées à sa vie privée et à ses observations du quotidien. Une fois repeintes, elles échappent au registre du souvenir intime. La peinture n’efface pas complètement l’image sous-jacente, elle ne se contente pas non plus de la recouvrir : elle réoriente le regard, instaurant une relation nouvelle entre ce qui demeure visible et ce qui se trouve occulté. L’image devient instable, ouverte et incertaine.
L’exposition réunit également des photographies issues des séries Grauwald (2008) et Museum Visit (2011), qui prolongent les Overpainted Photographs en deux méditations distinctes sur l’acte de regarder. Dans Grauwald, des clichés réalisés dans une forêt près du domicile de l’artiste sont voilés de laque grise, transformant le paysage en un espace de distance, d’instabilité et d’introspection. La nature y apparaît suspendue entre présence et disparition. Dans Museum Visit, Richter porte son attention sur le musée lui-même, retraçant le parcours du public à travers la Tate Modern au fil d’une seule journée. Des voiles de blancs et de couleurs vives y enregistrent les variations d’activité, faisant de l’espace d’exposition un champ animé où se mêlent perception, mémoire et expérience collective.
Les procédés de Richter participent pleinement du sens de ses œuvres. Nombre d’entre elles ont été réalisées à partir de restes de peinture prélevés sur ses toiles abstraites, appliqués au hasard de ses gestes, par pression ou grattage. L’image finale est le fruit, non seulement d’une intention, mais aussi de contingences, de l’interaction imprévisible entre la peinture et la photographie. C’est précisément cet élément de hasard maîtrisé qui confère à ces œuvres leur force particulière.
Les Overpainted Photographs cristallisent les questions au cœur de toute la pratique de Richter : l’instabilité de la représentation, les limites de la perception et la difficile séparation entre image et croyance. Elles montrent que le regard n’est jamais neutre et que toute image est exposée à la transformation, à l’interférence et au doute. À une époque marquée par la circulation, la saturation et la manipulation incessantes des images, ces œuvres conservent une acuité remarquable. Cette exposition offre une occasion rare de les appréhender dans leur ensemble et de mesurer leur importance dans la pratique de Richter comme, plus largement, dans l’art contemporain.
Exposition organisée par : Vassilis Oikonomopoulos, Directeur artistique et Hans Ulrich Obrist, Conseiller général
Informations pratiques
Images


Gerhard Richter
Dès 1962, encore étudiant, il développe sa propre pratique, d’abord à partir de modèles photographiques, avant d’élargir son travail à une grande diversité de registres abstraits. L’œuvre complexe de Richter est multiple : peintures, objets, dessins, aquarelles, éditions et multiples, auxquels s’ajoutent, depuis 1986, les photographies surpeintes.
Les Overpainted Photographs, de petit format, naissent d’un dialogue et d’une confrontation entre stratégies visuelles figuratives et abstraites, en étroite relation avec son œuvre picturale. Après sa journée de travail sur les grandes toiles dans l’atelier, Richter passe les photographies à travers la peinture encore fraîche restée sur la raclette. Lorsqu’il déclare la fin de son travail de peintre en 2017, il met également un terme à cette pratique.
Gerhard Richter vit et travaille à Cologne.